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Fatwa Ben Rejeb « le grand défi de l’agriculture en Afrique reste les changements climatiques »

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En 2010 au Malawi, avec le soutien de l’Union africaine, il a été créé l’Organisation panafricaine des agriculteurs (Panafrican farmers organisation). Cette organisation a pour  Secrétaire Exécutive Mme Fatwa Ben Rejeb. Dans cet entretien, elle explique ce que fait cette organisation au profit des agriculteurs africains.

Mme Fatwa Ben Rejeb  vous êtes la Secrétaire Exécutive de la PAFO. Parlez nous de cette organisation.

La PAFO est une organisation continentale qui regroupe les cinq réseaux sous-régionaux des organisations paysannes d’Afrique. Il y a l’EAFF en Afrique de l’Est, la PROPAC en Afrique centrale, le ROPPA en Afrique de l’Ouest, l’SACA en Afrique australe et l’UMAGRI en Afrique du Nord. Ces cinq réseaux se sont mis ensemble pour créer cette plateforme continentale qui a été lancée en 2010 au Malawi. Depuis sa création, cette plateforme est en train de travailler sur tout ce qui est plaidoyer, valorisation des acquis, et expériences réussies entre les différentes régions pour le développement de l’agriculture et de nos agriculteurs.

C’est alors la chose des producteurs africains.

Absolument, absolument. C’est une plateforme faite par les producteurs africains et destinée aux producteurs africains.

Qu’est-ce que cette plateforme  apporte réellement aux producteurs ?

En tant qu’organisation continentale, c’est surtout de fédérer nos efforts pour avoir une voix commune vis-à-vis des politiques continentales, faire connaitre nos appréciations, nos demandes, nos besoins, etc, faire un plaidoyer et un suivi également des politiques agricoles. Donc, ça, c’est au niveau continental. Ce que cela  rapporte directement aux agriculteurs, c’est qu’il y ait cette hiérarchisation. Nous, notre base, ce sont les producteurs au niveau local. Leurs organisations au niveau local se sont mises ensemble pour créer les organisations nationales, régionales  puis continentales. Nous en tant que PAFO, nous recevons la force de la part de toutes ces organisations afin de faire connaître également leur voix. C’est vrai qu’il y a un plaidoyer au niveau national qui est fait par les organisations nationales, un plaidoyer régional qui est fait par les réseaux régionaux (en Afrique de l’Ouest, c’est fait auprès de la CEDEAO à travers le ROPPA) et puis au niveau continental c’est fait par les organisations continentales. Il s’agit là spécialement de l’UA et du NEPAD, essentiellement pour le suivi du programme agriculture de l’Union africaine qui est le PDDA et également avec les organisations internationales, notamment le FAO et le FIDA qui sont des organisations des Nations unies spécialisées dans l’agriculture.

Comment faire pour intégrer cette plateforme ? Est-ce qu’il suffit d’être producteur ?

C’est l’hiérarchisation. Il suffit d’être producteur, oui, que ce soit producteur, pasteur, pécheur …c’est à travers les organisations locales et nationales. La plateforme, comme son nom l’indique, est une plateforme de réseau. C’est-à-dire que c’est à travers les réseaux et les organisations au plan national que les agriculteurs sont représentés. Notre objectif est de les faire participer. C’est-à-dire que nous suivons, que ce soit au niveau local, national, régional ou continental, un travail participatif dans lequel même le plus petit producteur peut faire entendre sa voix.

Et en termes de résultats ?

Les agriculteurs ont toujours été reconnus à travers leurs organisations à tous les niveaux. En tant que PAFO, nous sommes reconnus comme partenaire privilégié, comme acteur principal dans la formulation, le suivi, l’évaluation de politiques agricoles, mais également dans une certaine mesure dans le développement et la mise en œuvre des ces politiques.

Aujourd’hui, quels sont les grands défis auxquels vous êtes confrontés ?

Ces défis, ce sont bien sûr les changements climatiques. Les premiers qui sont en train de faire face et de trouver de solutions ce sont les paysans. Ils font face aux changements climatiques depuis. Ce n’est pas aujourd’hui que ça se présente. Ce n’est pas parce qu’il y a quelques dizaines d’années qu’on a commencé par mettre cela sur la table que ça a commencé. Ça fait des siècles que les paysans sont en train d’y faire face. Ils ont eu leur propre résilience face aux changements climatiques, donc c’est le plus grand défi. Peut-être c’est le défi majeur international qui implique toutes les organisations, tous les pouvoirs politiques, etc. Par contre, il y a bien sûr des spécificités en ce qui concerne les défis locaux, les défis régionaux et les défis continentaux. L’accès aux marchés, l’accès aux financements, l’implication des jeunes, l’attractivité donc le développement rural, l’accès aux productions, l’accès à la terre sont autant de défis qui sont bien sûr d’importance pour discuter au niveau politique et au niveau de la mise en œuvre.

Justement, est-ce que les politiques publiques telles que vous les voyez conçues et mises en œuvre vous donnent espoir ?

On ne peut pas être critique vis-à-vis de quelque chose si on n’est pas impliqué directement dans sa formulation et sa mise en œuvre. C’est pour cela que le rôle des Organisations des Producteurs, c’est réellement d’être une partie prenante. Nous endossons les politiques qui sont prises tout en restant vigilants pour les améliorer, pour les mettre en œuvre et pour attirer l’attention des politiques également, parce qu’ils ne peuvent pas être partout. Ils ne peuvent pas être sur le terrain, donc ils ont eux aussi besoin de la voix des agriculteurs pour attirer leur attention sur les importances et sur les défis auxquels ils sont en train de faire face.

Vous vous sentez vraiment intégrés ?

D’une manière ou d’une autre, oui. En effet, depuis quelques années, nous nous sommes imposés en tant qu’organisation paysanne à différents niveaux et il y a des améliorations. C’est vrai aussi qu’on ne nous écoute pas tout le temps, et c’est là le combat, un combat entre partenaires.  C’est très important.

Est-ce qu’il y a par exemple des chances de voir l’accord de Maputo qui demande aux pays africains de consacrer au moins 10% de leur budget national à l’agriculture  se traduire véritablement dans les faits?

Personnellement, je suis très sceptique, parce qu’on a déjà eu 10 ans de Malabo et on n’a pas vu vraiment de résultats au niveau de politique nationale. Je dirai que c’est une chance d’avoir Maputo également et nous sommes en train de pousser, que ce soit au niveau national, régional ou continental pour que les gouvernements tiennent parole. S’ils n’avaient pas la possibilité, ils n’auraient pas donné leur parole et ils doivent respecter leur engagement vis-à-vis des paysans et vis-à-vis de l’agriculture africaine.

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